En résumé
Contrairement à ce que laissent entendre beaucoup de sociétés de domiciliation, la CFE n'est pas due au lieu du siège social : elle est établie dans chaque commune où vous disposez de locaux. Une exception change tout, et elle concerne une bonne part des professionnels de santé — celui qui n'a aucun local, comme l'infirmier exerçant au domicile de ses patients ou le remplaçant, acquitte la cotisation minimum au lieu de sa domiciliation. Son adresse a donc un effet fiscal réel. Ajoutez à cela une exonération totale la première année, une réduction de moitié la deuxième, et des exonérations propres aux sages-femmes et aux professionnels s'installant en zone peu dense.
C'est l'un des arguments les plus fréquemment avancés par les sociétés de domiciliation : choisir son adresse permettrait de choisir sa commune de CFE, et donc de réduire l'impôt. Nous préférons l'écrire clairement, même si cela dessert la vente : c'est faux dans la majorité des cas. Mais il existe une exception, et elle concerne précisément une partie de notre clientèle.
Le principe : la CFE suit vos locaux, pas votre siège
L'article 1473 du code général des impôts est sans ambiguïté : la cotisation foncière des entreprises « est établie dans chaque commune où le redevable dispose de locaux ou de terrains, en raison de la valeur locative des biens qui y sont situés ».
Autrement dit, le siège social statutaire n'est pas, en lui-même, le lieu d'imposition. Un kinésithérapeute qui loue un cabinet à Saint-Pierre-des-Corps et domicilie son siège à Tours paie sa CFE à Saint-Pierre-des-Corps, sur la valeur locative de son cabinet. Le choix de l'adresse du siège n'y change rien.
La même logique vaut pour l'impôt : l'article 218 A du code général des impôts établit l'impôt sur les sociétés « au lieu du principal établissement », l'administration pouvant retenir le lieu de direction effective. Et la doctrine administrative précise que le lieu d'imposition à l'adresse d'une entreprise de domiciliation « ne peut être admise que s'il ne dispose d'aucun autre local professionnel où est exercée l'activité ou la direction de l'entreprise ».
L'exception qui concerne beaucoup de libéraux
Reste le cas de celui qui n'a aucun local professionnel. Et il est loin d'être marginal chez les professions de santé : l'infirmier libéral qui exerce exclusivement au domicile de ses patients, le kinésithérapeute à domicile, le médecin remplaçant qui travaille dans le cabinet de ses confrères, le psychologue qui ne consulte qu'en visioconférence.
Pour ceux-là, le II de l'article 1647 D prévoit, et seulement quand ils ne disposent d'aucun local ni terrain, que « les redevables domiciliés en application d'un contrat de domiciliation commerciale ou d'une autre disposition contractuelle sont redevables de la cotisation minimum au lieu de leur domiciliation ».
Dans cette configuration — et dans celle-là uniquement — l'adresse de domiciliation devient le lieu d'imposition. Elle a donc un effet fiscal réel, puisque la base minimum est fixée par chaque commune à l'intérieur d'une fourchette légale, et que le taux appliqué varie également d'une commune à l'autre.
Combien : le barème 2026 de la base minimum
Quand la CFE est calculée sur la cotisation minimum, elle ne dépend plus d'une valeur locative mais d'une base fixée par la commune, à l'intérieur d'une fourchette qui dépend de vos recettes. Voici les fourchettes en vigueur en 2026 :
Fourchettes de base minimum de CFE applicables en 2026 (art. 1647 D du CGI)
| Recettes ou chiffre d'affaires | Base minimum fixée par la commune |
|---|---|
| Jusqu'à 10 000 € | de 250 à 597 € |
| De 10 001 à 32 600 € | de 250 à 1 194 € |
| De 32 601 à 100 000 € | de 250 à 2 509 € |
| De 100 001 à 250 000 € | de 250 à 4 183 € |
| De 250 001 à 500 000 € | de 250 à 5 974 € |
| Au-delà de 500 000 € | de 250 à 7 769 € |
Attention à ne pas confondre la base et l'impôt. Ces montants ne sont pas ce que vous paierez : ce sont des bases d'imposition, auxquelles s'applique ensuite le taux voté par la commune et son intercommunalité. Un praticien réalisant 80 000 € de recettes dans une commune ayant retenu une base de 1 500 € paiera donc cette base multipliée par le taux local, et non 1 500 €.
Notez aussi le plancher commun : quelle que soit la tranche, aucune commune ne peut fixer une base inférieure à 250 €. L'écart entre communes existe, mais il porte sur des sommes modestes — c'est une raison de plus pour ne pas choisir son domiciliataire sur ce seul critère.
Le seuil qui exonère totalement
Une règle mérite d'être connue des professionnels en début d'activité ou exerçant à titre accessoire : les redevables réalisant un montant de chiffre d'affaires ou de recettes inférieur ou égal à 5 000 € sont exonérés de la cotisation minimum. Le bénéfice de cette exonération est subordonné au respect de la réglementation européenne sur les aides de minimis.
Les deux premières années : rien, puis la moitié
C'est l'allègement le plus utile et le plus souvent oublié dans les prévisionnels. Une entreprise est exonérée de CFE l'année de sa création, jusqu'au 31 décembre. L'année suivante, sa base d'imposition est réduite de 50 %.
La contrepartie est déclarative, et l'échéance est stricte : il faut souscrire la déclaration 1447-C-SD avant le 31 décembre de l'année de création. C'est ce document qui fixe les éléments d'imposition de l'année suivante — et c'est aussi par lui que se demandent certaines exonérations.
Deux exonérations propres aux professions de santé
La première est une exonération de plein droit, permanente, et elle est remarquablement peu connue de celles qu'elle concerne. Le 5° de l'article 1460 du code général des impôts exonère de CFE les sages-femmes et les gardes-malades, sauf lorsqu'elles tiennent une maison de santé, une maternité ou une maison de repos. Aucune délibération, aucune démarche de zonage : l'exonération s'applique.
La seconde est facultative, et c'est une nuance essentielle que beaucoup d'articles escamotent. L'article 1464 D permet aux communes et aux intercommunalités d'exonérer, sur délibération, les médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes, ergothérapeutes et diététiciens qui s'installent :
- dans une commune de moins de 2 000 habitants, ou dans une zone de revitalisation rurale ;
- pour un cabinet secondaire, dans une zone caractérisée par une offre de soins insuffisante.
La durée est fixée par la collectivité, entre deux et cinq ans, et la délibération doit être prise avant le 1er octobre pour s'appliquer l'année suivante. L'exonération n'est donc jamais automatique : elle suppose que la commune l'ait votée. Elle se demande dans la déclaration 1447-C-SD, avec les justificatifs de diplôme et d'inscription à l'ordre.
Le réflexe à avoir avant de s'installer : vérifier si la commune visée a délibéré. C'est une question de deux minutes qui peut valoir plusieurs années d'exonération — et c'est typiquement le point qu'un cabinet qui connaît votre profession regarde avant de valider une adresse.
Ce qu'il faut retenir avant de choisir votre adresse
- Vous louez un cabinet, un local, un bureau : votre CFE est due là, sur sa valeur locative. La domiciliation de votre siège n'a aucun effet fiscal.
- Vous n'avez aucun local : la cotisation minimum est due au lieu de votre domiciliation. L'adresse compte alors, modestement.
- Vous êtes sage-femme ou garde-malade : vérifiez l'exonération de plein droit du 5° de l'article 1460 avant toute chose.
- Vous vous installez en zone peu dense : demandez si la commune a délibéré au titre de l'article 1464 D, et demandez l'exonération dans votre déclaration initiale.
- Dans tous les cas : la déclaration 1447-C-SD avant le 31 décembre de l'année de création, et une CFE nulle la première année.
Et si la question de l'adresse se pose plus largement, elle se joue d'abord dans vos statuts : nous avons détaillé les clauses à y écrire pour ne pas payer deux fois, et ce que coûte réellement un changement de siège.
Questions fréquentes
- La CFE est-elle due au lieu du siège social ?
- Non. L'article 1473 du code général des impôts établit la cotisation foncière des entreprises dans chaque commune où le redevable dispose de locaux ou de terrains, en raison de la valeur locative des biens qui y sont situés. Le siège social statutaire n'est donc pas, en lui-même, le lieu d'imposition. Un professionnel qui loue un cabinet est imposé au lieu de ce cabinet, même si son siège est domicilié ailleurs.
- La domiciliation permet-elle de choisir sa commune de CFE ?
- Seulement si vous ne disposez d'aucun local ni terrain. Dans ce cas, le II de l'article 1647 D du code général des impôts prévoit que les redevables domiciliés en application d'un contrat de domiciliation commerciale acquittent la cotisation minimum au lieu de leur domiciliation. Dès que vous louez un cabinet ou un bureau, la CFE redevient due au lieu de ce local.
- Quelle est la base minimum de CFE en 2026 ?
- Elle est fixée par chaque commune à l'intérieur d'une fourchette qui dépend des recettes : de 250 à 597 € jusqu'à 10 000 € de recettes, de 250 à 1 194 € jusqu'à 32 600 €, de 250 à 2 509 € jusqu'à 100 000 €, de 250 à 4 183 € jusqu'à 250 000 €, de 250 à 5 974 € jusqu'à 500 000 € et de 250 à 7 769 € au-delà. Ces montants sont des bases d'imposition, auxquelles s'applique ensuite le taux voté par la commune : ce n'est pas le montant de l'impôt.
- Est-on exonéré de CFE la première année ?
- Oui. Une entreprise est exonérée de cotisation foncière des entreprises l'année de sa création, et bénéficie l'année suivante d'une réduction de 50 % de sa base d'imposition. En contrepartie, la déclaration 1447-C-SD doit être souscrite avant le 31 décembre de l'année de création : c'est elle qui fixe les éléments d'imposition de l'année suivante.
- Les sages-femmes paient-elles la CFE ?
- Non, sauf exception. Le 5° de l'article 1460 du code général des impôts exonère de cotisation foncière des entreprises les sages-femmes et les gardes-malades. L'exonération est de plein droit et permanente : elle ne suppose aucune démarche ni délibération de la commune. Elle cesse toutefois de s'appliquer lorsque l'intéressée tient une maison de santé, une maternité ou une maison de repos.
- Un médecin qui s'installe en zone rurale est-il exonéré de CFE ?
- Pas automatiquement. L'article 1464 D du code général des impôts permet aux communes et aux intercommunalités d'exonérer, sur délibération, les médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes, ergothérapeutes et diététiciens qui s'installent dans une commune de moins de 2 000 habitants ou en zone de revitalisation rurale, pour une durée de deux à cinq ans. L'exonération n'existe que si la collectivité l'a votée, et elle se demande dans la déclaration 1447-C-SD.
- Existe-t-il un seuil de recettes en dessous duquel aucune CFE n'est due ?
- Oui pour la cotisation minimum : les redevables réalisant un chiffre d'affaires ou des recettes inférieurs ou égaux à 5 000 € en sont exonérés, sous réserve du respect de la réglementation européenne relative aux aides de minimis.
Règles et montants vérifiés en source primaire : articles 1460, 1464 D, 1473, 1647 D et 218 A du code général des impôts (barème de l'article 1647 D dans sa version en vigueur au 1er juillet 2026), doctrine administrative BOI-IF-CFE-10-30-10-60, BOI-IF-CFE-10-30-60-10 et BOI-BIC-DECLA-30-40-20-20. Article rédigé par Épiphyse Conseil, expert-comptable spécialisé dans l'accompagnement des professions libérales et de santé. Les bases minimum sont revalorisées chaque année et les taux sont votés localement : vérifiez le millésime et votre commune avant tout calcul.
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