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Santé

Secret médical et courrier, les précautions avec une adresse de domiciliation

6 min de lectureRédigé par , expert-comptable

En résumé

Rien n'interdit de domicilier le siège d'une société de santé, mais l'usage de l'adresse demande une précaution simple. Le personnel d'une société de domiciliation n'est pas tenu au secret médical et n'est pas habilité à traiter des données de santé, qui sont des données sensibles au sens du RGPD. Faire ouvrir ou numériser par ce personnel un courrier de patient, un résultat d'examen ou une correspondance entre confrères crée un risque de violation du secret, protégé pénalement par l'article 226-13 du code pénal, et un enjeu RGPD. La règle de prudence consiste à réserver l'adresse du siège aux flux administratifs de la société, Urssaf, impôts, greffe et banque, et à faire adresser toute correspondance touchant aux patients directement au cabinet, ouverte par le praticien ou par un personnel soumis au secret.

Vous exercez une profession de santé et vous souhaitez domicilier le siège de votre société, société d'exercice libéral ou société civile de moyens par exemple, à une adresse de domiciliation. Une question surgit vite, celle du courrier. Le secret médical ne s'arrête pas à la porte du cabinet, il suit la correspondance qui contient une information sur un patient. Domicilier une société ne pose aucune difficulté de principe, mais l'usage que vous faites de l'adresse mérite une précaution simple. L'essentiel tient en une phrase, l'adresse du siège n'est pas faite pour recevoir le courrier de vos patients.

Deux adresses, deux natures de courrier

L'adresse de domiciliation localise juridiquement votre société. C'est l'adresse du siège, celle qui figure au registre du commerce et des sociétés, celle que connaissent l'administration fiscale, l'Urssaf, le greffe et la banque. Le courrier administratif de la société y arrive naturellement, et c'est sa vocation. Votre lieu d'exercice, le cabinet, relève d'une autre logique. C'est là que vous recevez vos patients, là qu'arrivent leurs courriers, les résultats d'examens et les correspondances que vous échangez avec vos confrères. Ces deux flux n'ont pas la même nature, ils n'appellent donc pas le même traitement ni la même adresse.

Ce que protège le secret professionnel

Le secret professionnel n'est pas qu'une exigence de déontologie, il est protégé par le droit pénal. La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire, par état ou par profession, est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende (article 226-13 du code pénal). Le praticien qui laisse un tiers accéder à une information couverte par le secret ne se met pas seulement en difficulté à l'égard de ses patients, il s'expose à une infraction. Un courrier qui mentionne l'état de santé d'une personne, son traitement ou son suivi entre pleinement dans ce champ.

Le personnel d'une société de domiciliation n'est pas tenu au secret médical

Une société de domiciliation reçoit, trie et, selon le contrat, réexpédie ou numérise le courrier des entreprises qu'elle héberge. Son personnel n'est ni soignant ni auxiliaire médical. Il n'est pas tenu au secret médical et il n'est pas habilité à traiter des données de santé. Or les données de santé sont des données sensibles au sens du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui les protège de façon renforcée. Les confier à un intervenant qui n'a pas qualité pour les traiter n'est pas neutre.

Faire ouvrir et numériser par ce personnel un courrier de patient, un résultat d'examen ou une correspondance entre confrères crée un risque réel. Un risque au regard du secret d'abord, puisqu'une personne non dépositaire prend connaissance d'une information protégée. Un risque au regard du RGPD ensuite, puisque des données de santé se retrouvent traitées par un tiers qui n'a pas qualité pour le faire. Ce risque ne dépend pas de la bonne foi du prestataire, il tient à la nature de l'information et à la qualité de celui qui la manipule.

La règle de prudence, séparer les flux

Aucun texte n'interdit de domicilier le siège d'une société de santé, et aucun texte ne dresse, courrier par courrier, la liste de ce qui doit arriver où. La prudence, en revanche, commande une séparation nette. Réservez l'adresse de domiciliation aux flux administratifs de la société, l'Urssaf, les impôts, le greffe, la banque et les organismes sociaux. Faites adresser toute correspondance qui touche à un patient directement à votre cabinet, où elle sera ouverte par vous ou par un personnel soumis au secret, votre secrétariat médical par exemple. Cette organisation ne coûte rien, elle demande seulement d'indiquer la bonne adresse au bon interlocuteur.

Où faire adresser quel courrier

Nature du courrierAdresse à privilégier
Urssaf, impôts, greffe, organismes sociauxAdresse de domiciliation (siège)
Banque et assurances de la sociétéAdresse de domiciliation (siège)
Courrier d'un patientCabinet, ouvert par le praticien ou un personnel soumis au secret
Résultat d'examen, compte renduCabinet
Correspondance entre confrèresCabinet

Un point mérite attention, celui des services de numérisation et de réexpédition que proposent souvent les sociétés de domiciliation. Ils sont commodes pour le courrier administratif, mais ils supposent précisément qu'un tiers ouvre et scanne vos plis. C'est la raison pour laquelle le courrier des patients n'a pas sa place dans ce circuit. S'il vous faut une gestion dématérialisée de ces correspondances, elle doit être organisée au cabinet, sous votre responsabilité et celle de personnes soumises au secret.

Ce que la loi impose déjà au domiciliataire

L'activité de domiciliation est réglementée. La loi impose au domiciliataire de disposer de locaux dotés d'une pièce propre à assurer la confidentialité, et de tenir un dossier par entreprise domiciliée (articles L.123-11-3 et R.123-168 du code de commerce). Ces obligations sont utiles et sérieuses, mais elles ne transforment pas le prestataire en dépositaire du secret médical. Une pièce confidentielle protège la confidentialité des affaires de l'entreprise, elle ne confère à personne la qualité pour prendre connaissance de données de santé. La précaution reste donc entière, ce n'est pas parce que le domiciliataire est agréé et rigoureux que le courrier des patients doit transiter par lui.

Votre responsabilité sur votre correspondance

La vigilance vaut aussi à l'intérieur de votre propre organisation. Le praticien doit veiller à ce que les personnes qui l'assistent ne portent pas atteinte au secret attaché à sa correspondance professionnelle. Cela concerne votre secrétariat, mais aussi tout prestataire extérieur amené à manipuler votre courrier. Décider où arrive quel courrier, c'est précisément exercer cette vigilance. En dirigeant les correspondances sensibles vers le cabinet et les correspondances administratives vers le siège, vous conservez la maîtrise de ce que des tiers voient ou ne voient pas.

Pour le cadre applicable aux praticiens, vous pouvez consulter notre page consacrée à la domiciliation pour les professionnels de santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le secret professionnel est protégé pénalement, un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende (article 226-13 du code pénal).
  • Le personnel d'une société de domiciliation n'est pas tenu au secret médical et n'est pas habilité à traiter des données de santé, données sensibles au sens du RGPD.
  • Faire ouvrir ou numériser un courrier de patient, un résultat d'examen ou une correspondance entre confrères par un tiers non habilité crée un risque de violation du secret et un enjeu RGPD.
  • Par prudence, réservez l'adresse du siège aux flux administratifs (Urssaf, impôts, greffe, banque) et faites adresser le courrier lié aux patients au cabinet.
  • Le domiciliataire doit disposer d'une pièce assurant la confidentialité et tenir un dossier par entreprise (articles L.123-11-3 et R.123-168 du code de commerce), ce qui ne le rend pas dépositaire du secret médical.
  • Le praticien doit veiller à ce que les personnes qui l'assistent ne portent pas atteinte au secret de sa correspondance professionnelle.

Questions fréquentes

Puis-je domicilier le siège de ma société de santé à une adresse de domiciliation ?
Oui. Aucun texte ne l'interdit. La domiciliation localise juridiquement la société et reçoit son courrier administratif. La précaution porte sur le courrier lié aux patients, qu'il vaut mieux faire adresser directement au cabinet.
Le personnel de la société de domiciliation peut-il ouvrir le courrier de mes patients ?
Mieux vaut l'éviter. Ce personnel n'est pas tenu au secret médical ni habilité à traiter des données de santé. Faire ouvrir ou numériser un courrier de patient par un tiers non habilité crée un risque de violation du secret, protégé par l'article 226-13 du code pénal, et un enjeu RGPD.
Quel courrier puis-je laisser arriver au siège domicilié ?
Les flux administratifs de la société, l'Urssaf, les impôts, le greffe, la banque et les organismes sociaux. Ce sont des courriers qui ne contiennent pas de données de santé et qui relèvent de la vie de la société, pas du suivi des patients.
Où faire adresser les résultats d'examens et les correspondances entre confrères ?
Directement à votre cabinet, où ils seront ouverts par vous ou par un personnel soumis au secret. Ces correspondances contiennent des données de santé et n'ont pas à transiter par un tiers non habilité.
Le domiciliataire est agréé et dispose d'une pièce confidentielle, cela suffit-il pour lui confier le courrier des patients ?
Non. La loi impose au domiciliataire une pièce assurant la confidentialité et un dossier par entreprise (articles L.123-11-3 et R.123-168 du code de commerce), mais ces obligations ne le rendent pas dépositaire du secret médical. Le courrier des patients doit rester adressé au cabinet.

Sources au 20 septembre 2026 : code pénal, article 226-13 ; code de commerce, articles L.123-11-3 et R.123-168 ; RGPD (données de santé). Domisiège, domiciliation d'entreprise à Tours, adossée au cabinet Épiphyse Conseil. Cet article donne des repères généraux et ne remplace pas l'examen de votre situation.

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